Chronique de Hakim Laâlam

Après avoir lu l’interview de Chadli à une revue scientifique japonaise, j’avoue que j’ai eu peur. Très peur.

Bien sûr qu’il faut être soulagé après la relaxe des «déjeuneurs » par la justice. Et j’écris sciemment «soulagé» et non pas «heureux». Attention à ne pas mélanger les deux sentiments, le soulagement et le bonheur. Car, même s’il y a eu relaxe, ce procès, et les requêtes du ministère public restent à mes yeux une date charnière dans l’histoire de l’Algérie indépendante. Ça n’a pas eu lieu sous Boumediène. Ça n’a pas eu lieu sous Chadli. Ça n’a pas eu lieu sous Boudiaf. Ça n’a pas eu lieu sous le HCE. Ça s’est déroulé sous Abdekka. Des policiers algériens ont embarqué des citoyens algériens au motif qu’ils déjeunaient sur le sol algérien, les ont présentés devant une justice algérienne qui a requis contre eux des peines lourdes. Aucune relaxe ne peut effacer cela ! Aucun you-you à la sortie du tribunal ne peut estomper ce sentiment de rage indicible. L’islamisme avait déjà gagné à l’ouverture même du procès. Le fait que des magistrats, des avocats, des procureurs aient siégé sur cette question de bouffe dans un tribunal sur le fronton duquel est accroché un drapeau algérien, c’est une déroute pour la démocratie. Aujourd’hui, il n’y a rien de plus facile que de se dire «Ô ! Et puis, finalement, ça va ! Ils ont été relaxés. On ne va pas en faire un plat !». Non ! Personnellement, je ne vais pas en faire un simple petit plat, mais j’en fais carrément un vaisselier, une cuisine, une cantine ! Le fait que le procès de Aïn-El-Hammam se soit ouvert, c’est assurément la porte jusque-là entrebâillée à la justice islamique qui vient d’être grande ouverte, pour ne pas dire descellée, explosée. Combien d’autres procès vont se tenir sous cette bannière-là ? Je ne sais. Je ne suis pas devin. Mais l’intégrisme a reçu 5 sur 5 le message. Car, lui sait recevoir ce genre de messages sur-le-champ, et les interpréter de la seule manière possible. Et ce message peut se résumer à ceci : désormais, ils peuvent ! Les frères peuvent y aller. Quand j’écris les «frères», je pense à toutes les forces auxiliaires de l’intégrisme armé. Celles qui n’ont pas eu besoin de monter au maquis. Celles qui nous pilonnent ici, en bas, dans la vallée, quotidiennement. Ces forces-là viennent de se voir réarmées et réapprovisionnées en outils de mort et de castration à l’occasion de ce procès en Kabylie. En cela, je m’excuse de ne pas pouvoir faire montre de bonheur aujourd’hui à l’annonce de cette relaxe. Car je vois le bûcher toujours là, monté et prêt. Pour d’autres procès. Pour d’autres exécutions. Dois-je rappeler un nom ? Un prénom ? Gharbi. Mohamed Gharbi. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.


Par : Liberté

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