WikiLeaks : 16 nouveaux télégrammes de l’ambassade US à Alger publiés

Le grand magasin en ligne WikiLeaks (http://wikileaks.org) qui promet 251 287 articles des consulats et ambassades américains à travers le monde, a donné mercredi 1er décembre, dans son entrepôt virtuel, un premier télégramme (câble en anglais) venant de l’ambassade US à Alger.

Ce télégramme (http://cablegate.wikileaks.org/cabl...), classé « confidentiel » et daté de janvier 2007, faisait référence au Sénat et à son président, Abdelkader Bensalah, placé par le président Bouteflika mais qui ne fait pas l’unanimité au sein même de la Chambre haute. Il citait deux Algériennes, une journaliste et une sénatrice, et notait par ailleurs que rares sont les notables qui osent s’exprimer contre l’amendement de la Constitution qui a fait réélire le président Bouteflika, tout comme il spéculait sur sa maladie, prévoyant Bensalah comme le successeur. Aucune révélation fracassante, mais tout le monde attendait la suite, alléché par le menu. Depuis, rien jusqu’à hier, jeudi, où le journal libanais Al Akhbar (http://al-akhbar.com/ar/taxonomy/te...) publiait 16 télégrammes de l’ambassade US à Alger, échelonnés d’avril 2006 à janvier 2010.

Les télégrammes sont identiques à l’unique câble mis en ligne par WikiLeaks, même mise en forme, mêmes caractères et en-têtes, le journal, proche de l’opposition libanaise (Hezbollah et Courant patriotique) affirment qu’ils sont authentiques, issus de WikiLeaks mais non encore publiés par ce dernier. Ces 16 télégrammes ne contiennent pas non plus de révélations extraordinaires. Le premier parle de mercenaires étrangers intégrant les groupes terroristes algériens, trois autres traitent de l’inculpation, pour viol sur deux Algériennes, du responsable de la CIA à Alger, cité comme « chef de la première station » dans le télégramme, tout en demandant une prise en charge médiatique sérieuse aux USA de cette affaire.

Un câble explique que peu de notables algériens se prononcent contre le troisième mandat de Bouteflika, un autre relate le général Guenaïzia annonçant une nouvelle Task Force, alliance entre la Mauritanie, le Niger et le Mali pour combattre Al Qaîda dans le Sahel à partir de Tamanrasset, un autre encore décrit la fin du GIA (en 2008) et ses principaux leaders, toujours vivants, qui intègrent le GSPC ou l’AQMI. Un autre encore, dans le plus pur style américain, se demande si les attentats de juin 2005 vont avoir une conséquence sur la Foire internationale d’Alger (Safex), ou promet de montrer comment la machine gouvernementale algérienne gère le changement de la Constitution pour un troisième mandat de Bouteflika.

Un autre télégramme explique la sécurisation de l’ambassade US suite aux informations fournies par les services algériens, le sentiment anti-américain dans l’opinion publique, les conditions socioéconomiques difficiles, le détail des derniers attentats terroristes et les protestations de Sabri Boukadoum, directeur du protocole aux Affaires étrangères, puis de Mourad Medelci, ministre des Affaires étrangères, à propos d’une liste de pays à risque éditée par les Américains, où l’Algérie figure en bonne place. Bref, un peu de tout et de rien, en attendant mieux. Car ces documents publiés par Al Akhbar, tout comme le premier par WikiLeaks himself, ne sont pas classés en haut de l’échelle de la confidentialité. Pourquoi ?

La classification des documents de WikiLeaks est une classification diplomatique US selon une échelle qui va de « confidentiel », plus bas niveau de secret, à « usage officiel uniquement » en passant par « secret », niveau très moyen. Pour les télégrammes repris par Al Akhbar, il s’avère que les niveaux de confidentialité sont relativement bas, de « confidentiel » à « secret », ce qui pose le problème de la nature des télégrammes publiés, presque publics, tout en alimentant une théorie du complot autour de l’action de Wikileaks, pour légiférer sur le contrôle du web, selon les uns, pour bombarder l’Iran, selon les autres (un télégramme fait mention de l’accord des Saoudiens pour détruire des installations iraniennes).

En tout état de cause, la publication des 16 télégrammes par Al Akhbar soulève l’épineuse question de la gestion médiatique des 250 000 câbles. WikiLeaks, pour diffuser ces messages, a choisi 5 partenaires dans le monde, le quotidien américain The New York Times, The Guardian (Angleterre), Der Spiegel (Allemagne), El Pais (Espagne) et Le Monde (France). Comme on le voit, Julian Assange, le patron de WikiLeaks, a préféré les Occidentaux et n’a associé aucun support médiatique africain, moyen-oriental ou asiatique.

De plus, les cinq grands quotidiens qui ont la primeur des informations avant qu’elles ne soient diffusés sur le site WikiLeaks à l’attention de tout le monde, auraient, pour au moins le quotidien américain, expliqué devoir soumettre les télégrammes à leurs autorités, sous le prétexte « de menace éventuelle pour la sécurité », reposant le problème du filtre à destination de la population, même si ces « câbles » sont appelés à devenir publics par l’intermédiaire du site WikiLeaks. Pourtant, Al Akhbar a réussi à en avoir des fragments exclusifs.
WikiLeaks a-t-il traité avec le journal libanais ? Y a-t-il eu des fuites dans les fuites ? Al Akhbar, dont on attend la suite de ses propres révélations, aurait ainsi été le premier média non occidental à avoir accès aux sources de WikiLeaks, relançant pour certains la théorie du complot et des services croisés.

Source: El Watan

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