Le sacrifice d’Abraham symbole de soumission des musulmans au totalitarisme ?



Aucun pays majoritairement musulman n’est démocratique. Entre monarchies et présidences à vie, les musulmans vivent sous l’autorité suprême de chefs d’Etat quasi-divins concentrant et personnifiant l’unicité du pouvoir.
Lorsqu’ils ne deviennent pas héréditaires, les régimes arabo-musulmans non monarchiques fonctionnent comme le système papal du Vatican. Des généraux et des dignitaires se réunissent en conclave, comme les cardinaux, pour désigner leur pape, le futur président à vie et sacré que le peuple doit accepter sans contestation, au moyen de mascarades électorales d’intronisation. (1)
 


Les citoyens croyants n’ont aucun autre choix que celui de l’obéissance au pouvoir du dieu vivant qui dirige le pays d’une main de fer. Tout contestataire est traité comme un «kafer», un mécréant, un hérétique mis au ban de la société. Il est considéré comme le «fou du village» rejeté par la collectivité médiatico-politico-tribale. Il est sommé de se taire ou de s’exiler.
Ceux qui ont le privilège de pénétrer dans les arcanes du pouvoir de ces dieux vivants ont eu cette impression d’entrer au paradis. On traverse d’un pas lent et angoissé de longs couloirs et des salles immenses dans une atmosphère lourde et glaciale au milieu des «anges». Ces gardes du corps impassibles et imposants au regard d’acier qui vous paralysent et scrutent le moindre de vos gestes. Dans ce lieu du pouvoir suprême, on se sent docile, soumis, faisant allégeance et des courbettes à n’en plus finir face au trône du Chef tout puissant.
Ces despotes qui vivent dans leur paradis sur terre ont aussi créé des enfers pour leurs opposants : prisons, bagnes, camps de concentration, charniers collectifs…
Autant que l’a été le monde chrétien, le monde arabo-islamique post-colonial est victime de la tentation totalitaire des croyances populaires au monothéisme dans la pratique politique.
 
Le sacrifice d’Abraham symbole de soumission des musulmans
 
Aïd al Adha, la «fête du mouton» avait coïncidé en 2009 avec Thanksgiving, la «fête de la dinde», aux Etats-Unis. Comme le veut la tradition américaine, le président Barack Obama avait gracié une dinde en direct à la télévision. Verra-t-on un jour un chef d’Etat arabo-musulman gracier un mouton ? Certainement pas !
Le sacrifice d’Abraham est le symbole même de la soumission aveugle des musulmans à une interprétation totalitaire du monothéisme. Un formalisme doctrinal au pied de la lettre du Coran.
Le sacrifice d’Abraham a précédé la révélation prophétique des trois religions monothéistes. Pourtant, ni les juifs, ni les chrétiens ne reproduisent cette immolation du bélier ordonnée par Dieu à Abraham lorsqu'il s’apprêtât à prouver son obéissance en sacrifiant son fils aîné, Isaac selon le Bible, Ismaël selon le Coran.
Répéter mécaniquement ce rite sanglant de l’immolation du mouton, c’est un peu comme si les chrétiens fêtaient l’anniversaire de la crucifixion en se faisant clouer sur une croix. Ou si les juifs traversaient à pied la Mer Rouge entre deux flots, en souvenir du miracle de Moïse.
Des millions de musulmans ne conçoivent toujours pas que cette immolation est une symbolique dont la répétition annuelle n’a jamais été une obligation. Elle ne figure pas parmi les cinq piliers de l’Islam : la Chahada, la prière, l'aumône, le jeûne et le pèlerinage.
Aucune autorité politique ou religieuse ne s’est encore prononcée sur l’abus de cette «extase mystique» collective de l’immolation annuelle du bélier. Et pour cause, elle symbolise le mieux la soumission collective de toute une population conditionnée à se comporter dans la vie comme ces bêtes sacrifiées, des moutons prêts à suivre docilement leur berger.
Les chefs d’Etat musulmans considèrent ce jour de l’Aïd comme un test grandeur nature du suivisme et de la soumission de leur peuple. Ce rite collectif prouve que «les croyants musulmans sont des militants en puissance de l’unicité du pouvoir».
La manipulation de la religion est une donnée endogène des pouvoirs arabo-islamique, complètement intégrée dans les mœurs, les institutions et les pratiques maraboutiques.
Un des exemples les plus édifiants est cette instrumentation du Livre Saint, le Coran, comme un “herz” géant, un talisman écrit par des “kettaba” et des “talebs” réputés, pour protéger le roi, l’émir ou le président à vie contre les dangers, les maléfices et le mauvais oeil.
Bouteflika n’a pas dérogé à cette règle «d’appropriation personnelle du Coran». Il s’est fait écrire le Coran par un spécialiste, en calligraphie maghrébine gravé de signes auquel on attribue des pouvoirs magiques.
Imprimé en 2002, ce Coran mentionne avec insistance et ostentation sur sa première et dernière page le parrainage de «fakhamatouhou le président Abdelaziz Bouteflika»… comme s’il l’avait lui-même rédigé.
Des exemplaires luxueux plaqués or ont été distribués aux dignitaires du régime, et des exemplaires plus simples ont été distribués aux fonctionnaires et tout ce que le pays compte de zélateurs.
A tel point qu’on en trouve pratiquement dans de nombreux domiciles, où des fonctionnaires dorment tout prêt de ces «talismans oubliés et devenus invisibles» sur leurs tables de chevet.
Il faut croire que cet «acte maraboutique» fonctionne très bien, puisque tous les chefs d’Etat qui l’ont utilisé sont inamovibles sur le trône du pouvoir, et ont, comme par magie, rendu inoffensifs tous leurs opposants.
C’est particulièrement le cas de Bouteflika qui, malade, affaibli et inactif, s’éternise au pouvoir au détriment de tout un pays «ensorcelé et ligoté».
 
Du monothéisme au totalitarisme dans le monde moderne
 
«Les monothéismes ont préparé le terrain aux totalitarismes », écrit Jacques Pous, dans son livre La tentation totalitaire (2). «Les religions du Livre ont façonné un mode de penser propice au développement des totalitarismes du XXe siècle».
Ancien moine catholique devenu agnostique, enseignant retraité, Jacques Pous souligne l'aspect également libérateur du monothéisme abrahamique, par rapport au polythéisme, mais il a été complètement dévoyé par les abus du pouvoir humain.
Son ouvrage marque l'aboutissement d'une longue réflexion, fruit d'un parcours de vie. Alors que la guerre d'Algérie avait commencé, il se positionne contre le colonialisme. Entré dans l'ordre des Fraternités Charles de Foucauld, il refusa de servir en Algérie et quitta l'institution catholique pour devenir un «prêtre anarchiste».
«La matrice symbolique et les schémas de pensée apparus avec les religions monothéistes ont été adoptés par les idéologies totalitaires».  Les religions du Livre sont des religions révélées par une intermédiation prophétique. Aux prophètes ont succédé des Eglises, des chefs religieux, commandeurs des croyants, rabbins, prêtres, imams, ayatollah. Les hommes de pouvoir ont inventé et institué des systèmes de «représentants de Dieu» sur terre et se sont arrogés sur les hommes un pouvoir de droit divin sans contestation possible.
L'obsession de «l'Unique» est un élément qu'on retrouve aussi dans l'idéologie communiste du «Peuple Un».
L’universalité du monothéisme a été transformée en universalisme d’une croyance qui demande à l'Autre de se convertir et de renoncer à son identité. Les conflits moyenâgeux entre catholiques et protestants sont reproduits aujourd’hui entre chrétiens et musulmans.
Pour Jacques Pous, «il n'existe aucun destin totalitaire, ni pour un peuple ni pour une communauté, et encore moins pour une civilisation… je parle de «tentation» totalitaire… car on a hérité d'un lexique et d'une syntaxe qui ont fait accepter à beaucoup le discours totalitaire du XXe siècle».
Durant la croisade contres les Cathares, le légat du pape, Arnaud Amaury, avait proclamé : «Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens.»  Joseph Ratzinger, avant de devenir le pape Benoit XVI, avait écrit: «L'Eglise doit se considérer comme le lieu d'une dimension publique absolue, qui dépasse l'Etat, par la prétention de Dieu qui la rend légitime, (…) L'Etat doit reconnaître qu'un système de valeurs fondamentales basé sur le christianisme constitue sa condition préalable (…).» Jacques Pous reproche à l'Occident «de mener des guerres perpétuelles pour faire triompher ce que, lui, pense être la seule vérité. Il y a eu le génocide indien au nom de la vraie foi, la colonisation au nom de la civilisation et, aujourd'hui, l'invasion de l'Irak et de l'Afghanistan au nom de la démocratie et des droits de l'homme. Le véritable universalisme ne peut être fondé que sur le dialogue et l'acceptation des différences».
Les peuples musulmans, dans leur globalité, se trouvent aujourd’hui confrontés à un triple totalitarisme. Celui de leurs propres dirigeants soutenus et protégés pas les puissances coloniales qui n’ont pas abandonnés leur «tentation totalitaire» mondiale. Et celui du «peuple élu» d’Israël, qui domine le monde par une gouvernance totalitaire, dont toute critique est taxée d'antisémite et punie par des lois écrites sur mesure.
La délivrance et l’émancipation politique des musulmans passe d’abord par une rupture du lien entre croyance religieuse et pratique politique, que beaucoup «d’intellectuels musulmans» continuent de confondre et de perpétuer. Notamment en développant un discours surréaliste de dialogue islamo chrétien temporellement décalé, alors qu’il faut d’abord privilégier un dialogue islamo musulman.
Il appartient aux élites musulmanes, où qu’elles soient, individuellement et collectivement, de redéfinir leurs priorités de réflexion et d’action pour libérer leurs peuples des totalitarismes politiques et religieux … à l’intérieur même des pays musulmans.



Par Saâd Lounès

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