Pakistan: un journaliste assassiné après une enquête sur Al-Qaida

Syed Saleem Shahzad a été retrouvé mort mardi soir deux jours après avoir été enlevé non loin de son domicile. Ce journaliste avait enquêté sur l’infiltration de l’armée pakistanaise par al-Qaida. Les services secrets pakistanais sont montrés du doigt, les Etats-Unis condamnent.
Saleem Shahzad en savait trop. Surtout, ce qu’il savait dérangeait. Son dernier article, qui mettait en lumière l’infiltration de l’armée pakistanaise par al-Qaida, a-t-il été le déclencheur de sa «liquidation» ? Ses confrères en sont persuadés, Saleem, 40 ans, chef du Bureau d’Asia Times Online à Islamabada, été assassiné par des agents de l’ISI, les services secrets pakistanais. «Lorsqu’il a été enlevé, Syed Saleem Shahzad se trouvait dans un périmètre ultra-sécurisé de la capitale où seuls des agents de l’ISI sont susceptibles d’intervenir», fait valoir un journaliste pakistanais.
Journaliste d’investigation, remarquablement bien informé sur les talibans et al-Qaida, Syed Saleem Shahzad se savait en danger. Il avait reçu à plusieurs reprises des menaces d’officiers de l’ISI qui jugeaient ses publications «nuisibles pour l’intérêt national du Pakistan». Il avait demandé à son épouse d’alerter Ali Dayan Hasan, le représentant de Human Rights Watch (HWR) au Pakistan, si d’aventure il venait à disparaître. Dayan Hasan a indiqué pour sa part avoir reçu, en octobre 2010, un mail de Shahzad, dans lequel il lui demandait de prévenir la presse s’il était enlevé.
Dimanche 29 mai, Syed Saleem Shahzad avait quitté son domicile vers 17 heures 30 pour se rendre à un débat télévisé auquel il devait prendre part, et où il n’est jamais arrivé. Son téléphone portable a été coupé à 17 heures 42 et il n’a plus donné signe de vie. Son corps a été retrouvé mardi dans la soirée, à 150 kilomètres d’Islamabad, près de son véhicule. Il portait des marques de torture. Il devrait être enterré à Karachi, d’où il était originaire.

«Je sais que c’est dangereux»

«Les Etats-Unis condamnent fermement l’enlèvement et l’assassinat du journaliste Syed Saleem Shahzad», a déclaré mercredi la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton. Ajoutant : «Son travail sur les questions de terrorisme et de renseignement a mis en lumière les problèmes que l’extrémisme pose à la stabilité du Pakistan».
Mise en ligne vendredi dernier sur Asia Times Online, un site d’information basé à Hongkong, la dernière enquête de Syed Saleem Shahzad concluait que l’attaque et le siège d’une base navale à Karachi les 22 et 23 mai (10 morts parmi les militaires), étaient une revanche d’al-Qaida. Il s’agissait de venger la mort d’Oussama Ben Laden et de porter un coup à la Marine pakistanaise, expliquait en substance le journaliste. Plus important, il affirmait que l’attentat avait surtout été perpétré en réaction à l’arrestation de plusieurs officiers de Marine soupçonnés d’entretenir des liens avec al-Qaida.
Shahzad avait publié début mai un ouvrage intitulé Au cœur des talibans et d’al-Qaida : Au-delà de Ben Laden et du 11 septembre . «Il m’a fallu des années pour gagner la confiance de mes sources, et je sais que c’est dangereux», nous avait-il confié lors de notre dernière rencontre à Islamabad, il y a quelques mois.

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