Ils ont rétréci l’Algérie !

Ils l’ont fait ! Ils ont osé le faire ! Je n’en reviens pas qu’ils l’aient réellement fait. Ils ont rétréci l’Algérie. Ils ont dû le faire de nuit.

Je ne suis pas encore en mesure de vous dire si c’était la nuit dernière ou la nuit d’avant, mais le résultat est là : ils ont rétréci l’Algérie. Comment je m’en suis rendu compte ? Le plus simplement du monde. En écoutant la dernière déclaration du ministre de l’Intérieur devant les députés. 

Sur un ton grave, Daho Ould Kablia a affirmé ceci : «Il n’y a pas de place pour 50 partis politiques en Algérie !» Ya bouguelb ! On a beau avoir vécu une chienne de vie, très mouvementée, avoir reçu des coups jusqu’à n’en plus pouvoir, en avoir vu des vertes et des pas mûres, avoir assisté aux trucs les plus fous au point de penser qu’on n’en vivra plus d’aussi chtarbés, se lever le matin et découvrir que son pays a soudainement rétréci, ça vous fout un choc terrible. 


C’est d’autant plus choquant que ce pays où vous avez toujours vécu, que vous vous targuez de bien connaître était jusqu’à récemment assez grand pour abriter tout le monde, même 50 partis politiques. Et là, hop ! Soudain tout à coup subrepticement sans coup férir, l’Algérie, comme un vulgaire tissu lavé en machine avec un programme d’essorage non conforme, aurait rétréci ! Forcément, après ça, vous avez les chocottes ! Pas seulement pour ces partis politiques qui n’ont plus de place ici. Non ! Pour tout le reste, aussi. Parce que, dans cette affaire, je vous fais remarquer que Daho ne nous dit pas si le processus de rétrécissement est momentané ou continu. Eh oui ! L’Algérie qui ne peut plus accueillir 50 partis, va-t-elle continuer à rétrécir ? 

C’est une question atroce, je vous le concède, mais il faut se la poser quand même. Moi, je me la pose tout le temps depuis quelques heures. Je me la pose tellement que je n’ose plus sortir de chez moi. Imaginez un peu que je sorte, disons pour aller faire quelques courses, et qu’au retour, arrivé devant ce qui était chez moi moins de deux heures auparavant, boum badaboum ! Plus de chez moi. Plus de maison. Plus de cité. Plus rien ! Avec juste quelques hommes bleus, des hommes à Daho postés sur ce désormais terrain vague qui a été mon chez moi pendant des décennies et qui m’expliquent patiemment mais fermement «qu’en Algérie, il n’y a plus de place pour autant de cités et d’appartements » ? J’en ai des sueurs froides dans le dos ! Ne sortant plus dehors, je me rabats alors sur la télé. Et là, re-sueur froide dans le dos et dans le reste. Je voulais vérifier la carte géographique utilisée pour les bulletins météos. Mon Dieu ! C’est vrai que là aussi, il manque une partie ! Du côté ouest. Y a toute une région qui a disparu. Comme ça. D’un coup ! Comment ont-ils fait ? Pourquoi l’ont-ils fait ? Je voudrais demander autour de moi. 

Sans quitter la cité, bien sûr. J’ai bien esquissé un mouvement vers la porte de mon appartement pour aller toquer à celle du voisin. Mais je me suis vite ravisé. Et s’ils avaient aussi fait disparaître le palier, l’appartement du voisin et la cage d’ascenseur. Bon, à la limite, l’ascenseur, je m’en fous un peu, il n’a pas plus fonctionné depuis 1962. Mais le voisin ? Et le palier ? Terrorisé, je me suis résigné à faire le seul truc à faire en pareille situation. J’ai déroulé au sol un décamètre. De mon salon, à la porte d’entrée. Et toutes les heures, je vérifie si l’appartement n’a pas rétréci. Qu’est-ce que je fais entre deux mesures de vérification ? Je fume du thé et je reste éveillé à ce cauchemar qui continue.

Par H.L.

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