Moines de Tibhirine : Le juge Trévidic veut exhumer et autopsier les crânes en Algérie


Le juge français Marc Trévidic, chargé de l’enquête sur la mort des sept moines de Tibhirine, veut se rendre en Algérie pour exhumer et autopsier les crânes des sept religieux tués en 1996, leurs corps n'ayant jamais été retrouvés, selon une information de l’hebdomadaire Marianne à paraître samedi 28 janvier et confirmée par une source proche du dossier. Selon la thèse officielle, les sept moines ont été enlevés et tués par le GIA.

Le juge Trévidic a adressé une commission rogatoire internationale à l'Algérie, rédigée le 16 décembre dernier et traduite en arabe, précisant sa demande d'autopsie et la vingtaine de témoins qu'il souhaite entendre sur place, précise l'hebdomadaire.


Il entend se rendre à Tibéhirine, dans la région de Médea, exhumer les têtes, pratiquer une expertise ADN pour identifier les victimes, puis réaliser l'autopsie avec deux médecins légistes, un expert en empreintes génétiques et un photographe de l'identité judiciaire, avant de remettre les cercueils en terre, ajoute-t-il.
Le juge Trévidic a réuni en octobre les familles des victimes pour leur exposer sa démarche et obtenir leur assentiment.

Les sept moines de l'Ordre de Citeaux de la stricte observance avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère isolé situé près de Medea. Le Groupe islamique armé (GIA) de Djamel Zitouni avait revendiqué l'enlèvement et l'assassinat des moines.

Le 30 mai 1996, les têtes des sept moines ont été retrouvés au bord d’une route de Médéa.
Le lendemain, l’ambassadeur Michel Lévêque, l’archevêque Tessier, le consul de France, le médecin de l’ambassade, Jean Amédée, un des moines du monastère qui a échappé à l’enlèvement, ainsi que deux autres religieux, s’étaient rendu à l’hôpital militaire d'Ain Nadjaa, à Alger, pour procéder à l’identification des dépouilles.
Sur place, le colonel qui dirige cet établissement leur révéla que les cercueils, plombés, ne contiennent que les têtes, les corps n’ayant jamais été retrouvés.
Une autopsie de ces têtes pourrait donc permettre au juge de recueillir des indices sur les conditions de leur mort.
L’enquête de la justice française avait piétiné pendant plusieurs années avant d’être brusquement relancé en juin 2010 par le témoignage du général Buchwalter, attaché militaire à l’ambassade de France au moment des faits.

Ce dernier avait évoqué une possible bavure de l’armée algérienne qui aurait causé la mort des sept religieux.
Dans sa déposition faite au juge Trévidic, Buchwalter avait indiqué que l’armée algérienne aurait mitraillé, lors d’un raid militaire, le bivouac où auraient été détenus les moines. Quelques jours après les obsèques de ces derniers, un officier algérien a part à l'attaché militaire français d'une confidence recueillie auprès de son frère qui commandait l'une des deux escadrilles d'hélicoptères affectées à la 1er région militaire de Blida.

« Son frère pilotait l'un de deux hélicoptères lors d'une mission dans l'Atlas blidéen, entre Blida et Médéa, racontait Buchwalter au magistrat. C'était donc une zone vidée et les hélicoptères ont vu un bivouac. Comme cette zone était vide, ça ne pouvait être qu'un groupe armé. Ils ont donc tiré sur le bivouac. Ils se sont ensuite posés, ce qui était assez courageux car il y aurait pu avoir des survivants. Ils ont pris des risques. Une fois posés, ils ont découverts qu'ils avaient tiré notamment sur les moines. Les corps des moines étaient criblés de balles. Ils ont prévenus par radio le CTRI (Centre territorial de recherche et d'investigation, NDLR) de Blida. »

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