Métro d’Alger : « Haram (pêché) de vendre les tickets à l’heure de la prière. »


Alger, vendredi 3 février 2012. Il fait un froid glacial. Il pleut des cordes. La ville est déserte. Même les policiers postés éternellement dans certains carrefours du centre-ville ont déserté les lieux. C’est le week-end pour le commun des mortels, mais pas pour tout le monde.

13 heures. Pour me rendre à la Maison de la presse, je prends comme d’habitude le métro. Pratique, pas cher et rapide.

4 minutes pour aller de la station terminus Tafourah-Grande Poste à la station Aïssat Idir devant le portail de la Maison de la presse Tahar Djaout.
Je m’engouffre dans la bouche du métro sise devant la Fac Centrale et le lycée Kheireddine Barberousse et Aâroudj (ex-Delacroix).
Première surprise : le serveur automatique de tickets est comme d’habitude en panne.
Comme souvent, il ne fonctionne pas alors que le Métro d’Alger, flambant neuf et qui aura coûté des centaines de millions de dollars, a été inauguré en grandes pompes en novembre dernier.
Je m’approche alors du guichet derrière lequel se trouvent un jeune homme et une jeune femme, coquette et voilée à la mode « soft ».

Je glisse sous la vitre la pièce de 50 dinars, prix du ticket.

Deuxième surprise.
« La prière d’El Djoumouâ (du vendredi) est-elle passée ? », me demande la belle guichetière.
« Je ne sais pas, mais je crois que mazal (pas encore) », lui répond-je croyant à une simple curiosité de la part d’une femme visiblement pieuse.

« Vous savez, c’est haram (religieusement illicite) de vendre des billets à l’heure d’El Djoumouâ. Je ne peux donc pas vous vendre le ticket », me dit la guichetière le plus sérieusement du monde.
Ayant mal compris son propos, d’autant plus que les rames grondaient quelques mètres sous mes pieds, je lui demande de répéter.

Et là, doctement, posément, le plus sérieusement du monde, elle me dit : « C’est ainsi. Je ne peux pas vous vendre de ticket. C’est haram, je vous le dit… »

Il ne fallait pas plus pour que votre serviteuse, déjà assez contrariée par l’idée de travailler un jour de week-end et par un temps aussi exécrable, entre dans tous ses états.
« Et depuis quand cette décision ? Qui a décidé que c’est haram de vendre des tickets durant la prière du vendredi ? Vous, votre chef, la RATP, le ministre du Transports ? Et pourquoi ne pas l’avoir affichée ?... »
Je m’étrangle !

Haram, illicite, interdit de vendre des tickets de métro entre 13 h et 14 h sous prétexte de prière du vendredi.
Le collègue de la guichetière tente une médiation. « Il faut remonter et aller de l’autre côté et prendre votre ticket du serveur automatique. Là-bas, il fonctionne », me dit-il avec un sourire confirmant ainsi l’oukase décrété par sa collègue voilée.

Je m’étrangle de nouveau : « Je ne bougerai pas d’ici. Je veux mon ticket ici et maintenant. »
Décontenancée, la guichetière s’exécute. Elle me tend le billet non sans glisser un mot pour le salut de mon âme dans l’au-delà.

« Vous aurez à assumer les conséquences de ce haram que vous venez de me faire commettre. Que Dieu vous pardonne… », me dit-elle. Le plus sérieusement du monde.

Je prends mon ticket et me dirige vers le quai. La station est déserte.

Décidément l’islamisation rampante de la société se propage désormais même dans les entrailles d’Alger.

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