Les témoins des attentats de Paris racontent : « Ma fille de 11 ans m’a demandé ce qu’il se passait »


Ils étaient tous à proximité des lieux où se sont déroulés les attentats qui ont touché Paris et Saint-Denis, vendredi 13 novembre, et qui ont fait au moins 129 morts. Que ce soit rue de Charonne (11e), dans le Bataclan où à proximité du Stade de France, ils ont été témoins de ces scènes d’horreur et racontent ce qu’ils ont vu et ressenti.

 Rue de Charonne, dans le 11e arrondissement

 

En début de soirée, vendredi, Pascale 54 ans, vient chercher sa fille qui est chez une amie, rue de Charonne : « J’étais dans la rue Basfroi à une cinquantaine de mètres quand j’ai entendu les premiers coups de feu. La maman m’a appelée. Elle me dit : “Ne viens pas chercher ta fille maintenant ! Fais demi-tour ! Il y a des tirs en bas dans la rue. » Une fusillade est en cours sur la terrasse du café La Belle Equipe. Elle fera 19 morts.

 
Pascale tente alors de se réfugier dans le commissariat du 11e arrondissement :
« J’ai tambouriné à la porte pour qu’on m’ouvre. Un homme en scooter est rapidement arrivé, lui aussi. On a dit : “Il y a une fusillade rue de Charonne.” Les policiers n’étaient pas encore au courant. Ça venait juste de se produire. Franchement, on était tétanisés, mais les policiers aussi avaient l’air un peu paniqués. Finalement, ils nous ont mis à l’abri dans le commissariat et sont partis sur place avec leurs mitraillettes. »

Quand la fusillade est terminée, les policiers la laissent sortir. Pascale a pu récupérer sa fille samedi matin, sans dommage :
« La maman avait tout éteint, tout fermé et installé les filles côté cour. Elles ont à peine dormi cette nuit. Elles ont parlé pour se rassurer. Ce matin, elle avait encore besoin de parler. Elles ont déjà connu les événements de “Charlie Hebdo” en début d’année. Ça fait beaucoup. Alors que ma fille va seule au collège depuis sa rentrée en 6e en septembre, là, elle m’a directement dit : “Maman, lundi, tu m’amèneras à l’école. Et je veux que tu viennes me chercher aussi.” »
Vincent, lui, habite rue Godefroy-Cavaignac, avec vue sur la terrasse du restaurant La Belle Equipe. Il était chez lui avec ses trois enfants (11 ans, 6 ans et 10 mois) :
« On regardait comme d’habitude notre film du vendredi soir. En l’occurrence, “Un monstre à Paris”. Puis, après 21 heures, on a entendu des bruits assourdissants. C’était très puissant, malgré les fenêtres et les volets fermés. Au bout de quelques minutes, le bruit a cessé. J’ai ouvert. En contrebas à droite, je voyais la terrasse de La Belle Equipe. La scène était très confuse. Le chaos. »
Vincent retourne ensuite avec ses enfants qui continuaient à regarder le film : « Ma fille de 11 ans m’a demandé ce qu’il se passait. Elle a senti qu’il y avait quelque chose de grave et d’anormal. J’ai minimisé. Dans ma tête, c’était à la fois confus et clair. J’ai immédiatement pensé à une attaque tout en me disant que ça pouvait être autre chose, comme une explosion au gaz… Hélas, ma première intuition était juste. »


C’était soir de concert au Bataclan. La salle de spectacle qui peut accueillir 1 500 personnes était pleine pour écouter le groupe californien Eagles of Death Metal. L’attaque terroriste a fait 89 morts, le lieu le plus touché vendredi soir.
Eric était présent. Il se souvient du début du concert : « L’ambiance était bon enfant, le groupe était connu pour être cool. » Il se trouve au balcon de la salle quand soudain « tout change quand on voit les membres du groupe fuir la scène. Immédiatement des gens commencent à s’affoler, courir dans tous les sens et cherchent à se barrer. Il y a des rafales de tirs, de longues rafales de tirs puis des tirs isolés. Cela a duré au moins dix minutes. »
Benoît, lui, est venu avec son frère Mathieu. Le concert était son cadeau d’anniversaire. Il s’est retrouvé à cinq mètres d’un tireur :
« J’ai vu son visage, je pourrais le reconnaître. Il ressemblait à n’importe qui. Il tenait sa kalachnikov tranquillement, serein, comme un militaire de Vigipirate, on aurait dit qu’il était là pour nous évacuer. Il n’avait même pas l’air menaçant. Mon frère a vu un autre tireur. En tout, ils devaient être trois sur le balcon. Les deux autres tiraient tout le temps, dans la salle en bas et sur le balcon aussi. Ça avait l’air préparé, froid, il n’y avait rien d’inorganisé, ils étaient positionnés correctement pour être efficaces. »
 Aux alentours du Stade de France






Christophe Prudhomme, médecin urgentiste au SMU 93, était de garde au Stade de France. Il fait partie des premières équipes arrivées sur place après la première explosion. Au total, il y en a eu trois. Quatre personnes sont mortes dont les trois terroristes.
D’après lui, « de tels attentats étaient redoutés ces derniers temps, mais nous y sommes bien préparés, y compris psychologiquement ».
« Nous sommes arrivés à trois équipes, et cela s’est bien organisé. Ce qui nous a rassurés, c’est que le match de football ne soit pas interrompu. Sinon il aurait fallu gérer la sortie de 80 000 personnes, avec des gens en panique, des risques d’écrasement lors de bousculade. Les explosifs n’étaient pas très puissants, donc ce sont surtout les personnes à proximité qui ont été le plus gravement touchées. Ce sont des blessures particulières, par des projections de fragments métalliques, un peu comme les shrapnels des obus de la première guerre mondiale. »
Source: Le Monde

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