Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le djihadisme et le totalitarisme islamiste. Par Alexandre Del Valle








Si certains estiment que le djihadisme n’a pas grand-chose à voir avec l’islam, c’est mal connaître les textes sacrés de l’islam et le cadre théologico-juridique qui encadre cette religion depuis des siècles.
Par Alexandre Del Valle

N’en déplaise aux discours d’apaisement présentant l’islam comme un intégrisme « nihiliste » (Olivier Roy) et extrémiste totalement étranger à l’islam, nombre de grands penseurs musulmans réformistes et pas seulement athées ou laïques ont démontré les fondements islamiques « orthodoxes-canoniques » du djihad et de l’intolérance islamiste qui sont enseignés légalement non seulement dans les monarchies islamiques sunnites du Golfe que nous considérons comme des « amies » que dans nos centres islamiques d’Occident tenus par les Etats et pôles de l’islamisation mondiale (Organisation de la Coopération islamique – OCI – Ligue islamique mondiale, Frères musulmans, Milli Görüs turc, Tabligh indo-pakistanais, et autres wahhabites) qui distillent jusque sur le sol des sociétés ouvertes un totalitarisme théocratique islamiste expensionniste.

 

Le djihadisme n’aurait « rien à voir avec l’islam »

Pour pouvoir affirmer que l’islamisme djihadiste qui a frappé ces derniers mois en France et à Bruxelles, et qui continuera de faire couler du sang pendant encore longtemps, n’a « rien à voir avec l’islam », il conviendrait tout d’abord de « désacraliser » tout un pan du corpus islamique sunnite orthodoxe, jamais revisité et réforme depuis le Xème siècle et toujours enseigné dans le cadre d’une véritable théologie de la domination et de la violence au nom de Dieu. Car les origines profondes du totalitarisme islamiste résident dans les fondements mêmes de l’orthodoxie islamique, enseignée dans les grandes Universités musulmanes du monde entier. Ceci n’est pas une affirmation « islamophobe », mais une vision réaliste-réformiste partagée par la plupart des grands penseurs progressistes du monde musulman, comme Abdel Razeq, Taha Hussein, Kamel Daoud, Adonis, Mohamed Charfi, etc (voir infra).

De l’absence de réforme de l’islam au fondement « légal » du terrorisme islamiste

Comme l’expliquent très courageusement les grands penseurs modérés de l’islam, aucun travail de prévention contre le terrorisme islamiste ne sera efficace si l’on ne parvient pas à assécher le puits de la doctrine islamiste du djihad et de la violence guerrière canonique. D’après l’ex-Grand Mufti de Marseille Souheib Bencheikh, théologien adepte d’un islam « républicain », « les hommes islamistes terroristes agissent de manière très canonique, c’est pourquoi on les voit aussi bien en train de prier que de violer (…), la femme fait partie du butin de guerre dans cette même logique canonique (…). Je dénonce l’hypocrisie des théologiens musulmans qui, certes, dénoncent ces pratiques et tueries, mais ne mettent pas en cause la théologie qui les sous-tend. Ils doivent saisir l’occasion pour désacraliser le droit musulman, notamment sur certains points qui offrent un prétexte à ces barbares qui habillent leurs actions criminelles par une certaine canonisation« . C’est en effet parce que le djihad est chargé d’une considérable légitimité islamique que tous les islamistes contemporains (Mawdoudi, El-Banna, Qotb, Kichk, Farag, Oussama Ben Laden, Calife Ibrahim, etc.) en ont fait leur leitmotiv central. Nier cette réalité permettra-t-elle d’éviter de nouveaux attentats ? Rien n’est moins sûr, car les causes profondes de l’échec du réformisme musulman, et donc de la résurgence islamiste, sont à rechercher dans le caractère indiscutable des textes sacrés musulmans et dans le refus, typiquement islamique, de toute innovation (bidaà) théologique.

Le djihad, fondement de l’orthodoxie islamique officielle

Le djihad constitue pour les islamistes et les sunnites orthodoxes l’un des moyens d’expansion naturels de l’islam, Mahomet ayant lui-même participé à près de 80 combats et prélevé les butins de guerre sur les Infidèles. Dans le Coran, le combat armé est appelé le « Sentier d’Allah » et les Moudjahidines tombés sont comparés à des « martyrs de la Foi » (IX, 52 ; LVIII, 19). Le Coran regorge de sourates appelant à la guerre contre les Juifs et les Chrétiens insoumis ou les Polythéistes : « Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu, au jour dernier, qui ne considèrent pas comme illicite ce que Dieu et son prophète ont déclaré illicite, ainsi que ceux qui, parmi les gens des Ecritures (Ahl-al Kitab) ne pratiquent pas la religion de la vérité, jusqu’à ce qu’ils paient, humiliés, et de leurs propres mains, le tribut » (9, 29) ; « Le combat vous est prescrit et cependant vous l’avez en aversion… » (2, 216) ; « …Lorsque tu portes un coup, ce n’est pas toi qui le portes, mais Dieu qui éprouve ainsi les Croyants par une belle épreuve… » (8, 17) ; « Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de luttes doctrinales et qu’il n’y ait pas d’autre religion que celle de Dieu. S’ils cessent Dieu le verra » (8, 39) ; « Lorsque les mois sacrés seront expirés, tuez les infidèles partout où vous les trouverez. Faites-les prisonniers ! Assiégez-les ! Placez-leur des embuscades ! … » (9, 5) ; « O Croyants ! Combattez les infidèles qui sont près de vous. Qu’ils trouvent en vous de la rudesse !… » (9, 123) ; ou encore : « Lors donc que vous rencontrerez ceux qui mécroient, alors frappez aux cols. Puis quand vous avez dominé, alors serrez le garrot » (47, 4).

Certes, on pourrait dire à juste titre que tout texte religieux doit être interprété avec du recul et qu’il convient de contextualiser certaines sourates et les analyser de façon allégorique et non littéraliste. Ce travail peut en effet être fait, mais il n’a en tout cas jamais été entrepris par les grands penseurs musulmans commentateurs des Hadiths, (« dits et faits de Mahomet de la Tradition ») : El-Bokhari, Muslim, El-Ghazali (1058-1111), Nawawi, Ibn Taimiyya, Malik, qui ont mis en place le corpus canonique de l’islam orthodoxe, c’est-à-dire légal, lesquels ont au contraire mis à l’index et depuis toujours les réformistes, libéraux, ou autres « hétérodoxes » soufis ou mutazilites qui voulaient pratiquer un effort d’interprétation poussé. C’est ainsi qu’aujourd’hui encore, toute la légitimité des 4 écoles officielles du sunnisme (80% de l’islam mondial officiel) repose encore sur une théologie et un corpus de lois et règles qui valorisent les 3 grandes inégalités coraniques et chariatiques (Homme/femme ; maître/esclave et Fidèle/ Infidèle). Cet islam officiel jamais remis en question et toujours enseigné dans les mosquées et universités islamiques orthodoxes y compris en Europe accorde une très grande valeur morale et religieuse à « la guerre sainte » (ou « effort« ) sur le « sentier d’Allah » (djihad fi sabill’illah) comprise explicitement comme la lutte contre les Infidèles et pas comme le veulent les modérés soufis comme une " lutte contre soi-même" .

Ces grands savants que vante souvent Tariq Ramadan tout en prétendant être un « réformiste » ont très clairement réglementé les modalités d’extermination des « Infidèles » : « La loi défend de tuer, dans la guerre contre les Infidèles : des mineurs, des aliénés, des femmes et des hermaphrodites (…) mais on peut tuer légalement : les moines [non reclus], des mercenaires que les Infidèles ont pris dans leur service, des vieillards, et des personnes faibles, etc. », écrit par exemple le grand savant Nawawi, en cela suivi par la référence suprême du salafisme et des Frères musulmans, Ibn Taymiyya, auteur d’un « statut des moines » autorisant lui aussi l’égorgement des moines non reclus… Ainsi, l’assassinat de sept moines cisterciens de la Trappe de Tibhirine le 21 mai 1996 par un commando du GIA pouvait d’un point de vue islamique orthodoxe reposer sur un fondement juridico-théologique légal.

Le totalitarisme islamiste à l’assaut de l’Occident et le « djihad du verbe« 

Voyons plutôt ce que l’on enseigne en Europe et en France, et en toute légalité, à des musulmans désireux de pratiquer leur foi de façon orthodoxe : le « savant » égypto-qatari et célèbre téléprédicateur des Frères musulmans Youssef Qardawi – auteur de l’ouvrage en vente libre (voir Amazon), Le Licite et l’Illicite (1992), qui explique par exemple comment battre sa femme et en quoi il est « licite » de tuer l’apostat, le blasphémateur ou l’adultère… Rappelons que ce célèbre téléprédicateur, qui invite aussi à envoyer des kamikazes (même handicapés) en Irak puis à faire le djihad en Syrie ou en Israël contre les alaouites et les juifs, a été le bienvenu en France où il a fait à plusieurs reprises la Une du rassemblement islamique annuel du Bourget… Il ne fut privé de visa qu’en 2012, et de façon temporaire, lorsque le scandale est devenu flagrant et que le ministre de l’Intérieur de l’époque, Claude Guéant, a compris qu’il fallait enfin réagir.

Mais précisons que Le licite et l’illicite n’a jamais été interdit en France et dans les pays occidentaux.
Un autre prédicateur fanatique prêche en toute liberté et depuis des années en Europe et dans les banlieues de France : le « cheikh » Aboubaker al-Djazaïri, qui séjourne régulièrement en région parisienne. Présenté par certains « spécialistes de l’islam », comme représentant d’un pôle « salafiste modéré », cette figure mondiale de l’islamisme et du djihadisme, version Frères musulmans, écrit à l’attention des jeunes musulmans de France et du monde, dans son ouvrage La Voie du musulman (Ennour, 1999, également en vente libre) : « Il est du devoir des musulmans, […] de se doter de toutes sortes d’armements et de se perfectionner dans l’art militaire, non seulement défensif, mais aussi offensif, pour que le Verbe de Dieu soit le plus haut […], d’édifier toutes sortes d’usines pour fabriquer tout genre d’armes, même au détriment de la nourriture, de l’habillement et du logement dont on peut se passer. Alors le djihad sera accompli dans les conditions les plus satisfaisantes » (pp. 371-372). Ce cheikh algérien connu pour ses prédications à la mosquée du Prophète à Médine n’a jamais été déclaré persona non grata en Europe et continue à déverser dans les « banlieues de l’islam radical » son venin totalitaire et djihadiste… Djazaïri explique sans complexe que « le djihad contribue à éradiquer toute autre adoration que celle du seigneur » (p 263), qu’il a « pour finalité de prohiber toute autre adoration que celle de Dieu, l’Unique » (p264). « Il faut que tous les musulmans, formant un seul ou plusieurs Etats séparés, s’équipent de toutes sortes d’armes. Ils doivent aussi se perfectionner et s’améliorer dans l’art militaire défensif et offensif, pour défendre ou attaquer au moment opportun pour que le verbe de Dieu triomphe » (p267). « Avant d’entreprendre la guerre contre les infidèles, il faut les convier à l’islam, s’ils refusent on les invite à payer un tribut, s’ils refusent finalement, on recourt aux armes » (p 269). « Celui qui renie les décrets divins concernant la prière, le jeûne, le pèlerinage, l’obéissance aux parents ou le djihad est un renégat (…). Peines infligées aux renégats : durant trois jours, on incite le renégat à renoncer à sa croyance et à demander grâce à Dieu, s’il n’accepte pas, il est passible de la peine capitale » (p 395). Concernant la « tolérance religieuse« , que les islamistes exigent en Europe à leur profit et à sens unique, Djazairi est plus que clair : « Le Prophète est formel : ‘On ne doit ni édifier d’églises en terre d’islam ni les restaurer' » (p 271). « Dieu veut que les musulmans exterminent les polythéistes sans leur donner l’avantage d’être considérés comme prisonniers » (p 274). Concernant l’apostasie, Djazari écrit : « Le Prophète dit : ‘Tuez celui qui renie sa religion' » (p 394). Last but not least, on peut également lire dans le chapitre consacré aux « peines légales » que les homosexuels doivent être tués, etc.

Il est clair que ces deux références majeures de l’islamisme des Frères musulmans n’ont rien à envier aux djihadistes salafistes tendance Al-Qaïda sur le fond. Ils ne diffèrent que sur des points de tactique et de choix géographiques, puisqu’ils estiment que le djihad est valable dans les pays où il n’y a pas d’autre solution tandis que l’Europe ouverte à tous les rangs doit être momentanément épargnée puisque conquise progressivement de façon pacifique et souvent avec des subventions publiques accordées par nos irresponsables politiques…
Depuis plusieurs décennies déjà, des milliers de musulmans européens repris en main par les salafistes et les islamistes d’autres mouvances ont étudié dans les très prestigieuses et officielles Universités islamiques saoudiennes comme celle de Médine, capitale du salafisme mondial parfaitement légal. Chaque année, en France, en Grande-Bretagne, en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Belgique, etc, des congrès salafistes d’envergure sont organisés en Europe, notamment celui de Leicester (Grande-Bretagne), qui se tient régulièrement dans la ville britannique du même nom, où a d’ailleurs étudié Tariq Ramadan. De Leicester à Madrid en passant par la Seine-Saint-Denis, Argenteuil, les Mureaux, Château-Chinon, Lille, Strasbourg, Marseille, Nice, Vénissieux, Lyon ou Roubaix, les prêches des cheikhs salafistes comme al-Djazaïri sont à l’origine de la vocation de nombreux salafistes français partis parfaire leur formation wahhabite-salafiste à Médine. Dans les années 1990 déjà, une note des ex-RG tirait la sonnette d’alarme : « l’implantation durable en France du salafisme risque fort de constituer une menace potentielle dans les années à venir aussi bien sur le plan sécuritaire qu’en matière d’intégration« .

Sans même parler de salafisme, nombre de mosquées et centres islamiques officiels réputés « modérés » enseignent aux fidèles le fameux traité de droit classique, le Boulough Al-Marâm (« la réalisation du but »), de Ibn Hajar Al-Asqualani (1372-1448). Ce célèbre cadi (juge) d’Egypte, est une référence mondiale en matière de droit islamique et son traité est diffusé dans toutes les bonnes librairies islamiques de France et d’Occident, interdit nulle part d’ailleurs. Il est édité en langue française par les éditions Dar Ous Salam (Arabie saoudite) depuis 1999. On y lit que le djihad est « une expédition, une guerre destinée à propager l’islam » ; que le djihad est un devoir absolu et que les femmes issues du butin de guerre peuvent être licitement violées, même si elles sont mariées, puis réduites en esclavage. Ibn Hajar explique comment les femmes et même des enfants peuvent être licitement tués dans ce type de conquêtes pour étendre l’islam avec le djihad contre les mécréants du Dar al Harb (terre de la guerre).

Pour montrer que la France n’est pas un cas unique, loin de là, d’abdication des autorités vis-à-vis des artisans de l’islamisation radicale de type salafiste à l’œuvre depuis des décennies, citons l’exemple du Gouvernement belge qui, dès 1968, avait fait don du Pavillon Oriental du Parc des Centenaires (Bruxelles) au roi Fayçal d’Arabie Saoudite, lequel allait rapidement transformer l’édifice en un Centre Culturel islamique, directement contrôlé par la Ligue Islamique Mondiale… Marquant là une réelle volonté de contrôler l’islam de Belgique, par deux fois, en 1969, avec Fayçal, puis en mai 1978, avec Khaled, le roi d’Arabie saoudite viendra personnellement appuyer l’action du Centre auprès des autorités belges. A partir de 1970, le Centre connut une expansion d’autant plus rapide qu’il demeura pendant près de dix ans la seule organisation islamique structurée à la disposition des Musulmans de Belgique. En 1989, les dirigeants saoudiens, décidés à demeurer les leaders incontestés de l’islam belge, inaugurèrent un Institut de formation continue où l’on enseignait les matières religieuses classiques : exégèse coranique, langue arabe, fiqh et hadith. Forte de sa puissance économique et déployant d’intenses efforts diplomatiques pour faire pencher la balance en sa faveur, Riyad obtint de Bruxelles que l’imam-directeur du Centre fût habilité par le ministère belge de l’Education nationale à désigner les enseignants destinés à dispenser les cours de religion islamique et d’arabe dans les écoles publiques de Belgique. Précisons que dans le cadre du « Pacte scolaire », le Centre saoudien bénéficie, depuis 1978, des subventions qui lui permettent de rémunérer 600 enseignants religieux dans le primaire et le secondaire. Les organisations wahhabites saoudiennes obtinrent en fin de compte un véritable monopole sur le plan représentatif, éclipsant de facto le rôle de dizaines d’associations islamiques existantes. Face à l’Arabie saoudite et à ses outils de propagation du salafisme wahhabite, les principaux rivaux de Riyad sont le mouvement ultra-fondamentaliste Tabligh, lié au Pakistan et très présent en France, en Espagne et en Grande-Bretagne notamment. Dans notre dernier ouvrage Les Vrais ennemis de l’Occident, nous revenons longuement sur ces différents mouvements et nous passons en revue les différents « pôles » de l’islamisme radical dans le monde et leur stratégies convergentes ou respectives de conquête-expansion au moyen du prosélytisme et de la subversion.

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